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La lutte contre la manipulation de l’information

AdobeStock
08/04/2022
À la confluence de la contre-ingérence étrangère et de la cyberdéfense, la lutte contre la manipulation de l’information occupe une place centrale dans l’activité des experts de la DGSI.

Les opérations d'ingérences numériques étrangères, visant à déstabiliser les États, se multiplient et constituent une véritable menace pour les démocraties. Aujourd’hui, ces attaques sont facilitées par l’explosion de l’usage d’internet  et des réseaux sociaux et l’utilisation de moyens techniques novateurs qui décuple la diffusion des actions menées.
Ces attaques informationnelles ciblent la sécurité nationale d’un nombre croissant de pays. Si de telles pratiques ont été largement dénoncées par les USA lors des élections de 2020, la France n’a pas été épargnée, notamment lors de la campagne électorale de 2017. Les prochains scrutins constituent des opportunités clairement identifiées pour des acteurs étrangers cherchant à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation. C’est pourquoi la France a renforcé son arsenal juridique et opérationnel pour lutter contre ces opérations, dans lequel s’inscrit directement l’action de la DGSI.

Influence, manipulation, ingérence, de quoi s’agit-il ?

La DGSI concentre particulièrement son action sur les attaques menées sur le territoire national à des fins hostiles et d’ingérence. Elles peuvent revêtir de nombreuses formes et varier selon leur finalité et la complexité des moyens déployés pour influencer l’opinion publique.

La DGSI les différencie selon trois niveaux de sophistication : 

  • les offensives diplomatiques qui consistent le plus souvent à dévaloriser le modèle républicain, économique, sociétal de la France ainsi que ses alliances internationales, et à l’opposer au modèle souvent idéalisé du pays qui pilote ces opérations ;
  • les opérations de manipulation informationnelle qui diffusent des informations falsifiées, déformées, associées à de vraies informations pour les rendre crédibles, ou encore, sorties de leur contexte ou partielles ;
  • enfin, les opérations de déstabilisation orchestrées et réalisées par des services de renseignement étrangers. Véritables actions secrètes, afin de ne pas remonter aux commanditaires, elles peuvent notamment exploiter des données piratées lors de cyberattaques et déformées lors de leur divulgation massive (hack and leak).

Leur diffusion peut emprunter plusieurs vecteurs en s’appuyant, par exemple, sur la visibilité offerte par les réseaux sociaux, qui jouent ainsi un rôle de caisse de résonance.  De même, des médias francophones sous influence étrangère, des personnalités et des associations ou think tanks peuvent couvrir une large audience et offrir une caution à ces messages.  

Au-delà de ces relais traditionnels et identifiables, l’usage du numérique permet l’amplification artificielle de la propagation des contenus. Les techniques sont nombreuses et certains acteurs ne manquent pas d’imagination … Nombre d’entre-elles sont plutôt basiques et éprouvées: création de faux comptes, utilisation de l’intelligence artificielle et de « bots » pour diffuser massivement et rapidement des messages ou encore, production de vidéos mensongères fortement virales,  qui mettent en scène des personnalités aux propos erronés (deep fakes).

D’autres méthodes sont plus élaborées.  Elles consistent, par exemple, à pirater des comptes et boîtes mails pour diffuser des informations en leur nom (hack and publish). Ces procédés ont vocation à décrédibiliser des acteurs - par exemple des opposants – ou, au contraire, à accréditer des théories en les faisant porter par des personnalités reconnues dont les comptes ont été usurpés. Sans oublier le trolling étatique, qui incite à la haine et au harcèlement en ligne pour intimider et réduire au silence des individus critiquant l’État. Ces opérations peuvent être menées par des «cybertroupes» étrangères entraînées à manipuler l’opinion publique via les médias sociaux.

Le rôle de la DGSI en matière de lutte contre la manipulation de l’information

La complexité des attaques, leur vitesse de propagation ou encore la multiplication des acteurs opérant sur ce nouveau terrain de guerre informationnelle caractérisent ce phénomène d’ampleur sans précédent. Cependant, derrière de nouveaux habits … se cache une vieille politique, bien connue des services de renseignement !  

C’est pourquoi la DGSI peut s’appuyer tant sur son expertise acquise en matière de détection d’opération d’ingérence étrangère et de suivi des propagandes d’Etat que sur celle développée plus récemment par ses nombreuses actions contre les offensives cyber.

C’est la combinaison de ces compétences qui permet à la DGSI d’identifier les opérations de déstabilisation clandestines, de déterminer leurs éventuels commanditaires étatiques et de détecter les relais susceptibles de renforcer la légitimité et la crédibilité des narratifs.

Ces missions sont assurées en coopération étroite avec les différents partenaires institutionnels de la DGSI. Il s’agit notamment d’autres services de renseignement et, plus récemment, du service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (VIGINUM) créé en juillet 2021 au sein des services du Premier Ministre.

La loi relative à la manipulation de l’information du 20 novembre 2018 :
Elle impose l’obligation de transparence et de coopération pour les plateformes qui doivent notamment signaler les contenus sponsorisés et crée une action judiciaire en référé pour faire cesser rapidement la circulation de fausses informations dès lors qu’elle est manifeste, diffusée massivement et de manière artificielle et à vocation de troubler la paix publique ou la sincérité d’un scrutin.