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Référents radicalisation : interview croisée

portraits d'agents de la DGSI silhouetes
Photo : AdobeStock
08/11/2021
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Il y a quelques semaines, Guillaume* a succédé à Julien* dans ses fonctions de référent radicalisation au sein d’une préfecture de la région Occitanie. Entretien à deux voix sur des enjeux sécuritaires et sociaux en constante évolution.

Les référents radicalisation sont placés au sein des préfectures depuis 2014. Comment percevez-vous le fonctionnement des groupe d’évaluation départemental de la radicalisation islamiste (GED) ? Quelle valeur ajoutée apportez-vous ?

Guillaume : En échangeant avec les acteurs qui ont contribué aux premières réponses apportées en matière de radicalisation dans les départements,  je comprends quel chemin a été parcouru depuis les attentats de 2015 ! Aujourd’hui, le dispositif des GED est tout à fait rôdé et il fait quotidiennement ses preuves. Le cadre des échanges est posé. Au-delà des instances, j’observe que la qualité des décisions et du suivi des personnes repose pour beaucoup sur la relation de confiance développée entre les acteurs sous l’impulsion du Préfet. 

Julien : Dans cette relation, le référent radicalisation trouve toute sa place et dispose d’un atout de taille. Lui seul bénéficie d’une vision globale des personnes inscrites au fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT)**. Il sait, par exemple, auprès de quel service se tourner lorsqu’une situation sensible est rapportée et quelles conséquences une décision peut provoquer sur les proches de la personne suivie notamment. C’est une véritable valeur ajoutée auprès des services qui composent ces instances, d’autant que le référent radicalisation connaît les contraintes de chacun, ce qui lui permet de parler la même langue que ses interlocuteurs !

Vous mentionnez vos échanges avec les services qui composent le GED, mais entretenez-vous des relations avec d’autres acteurs en lien avec le suivi de la radicalisation ? 

Guillaume : Oui, tout à fait. Cette relation de confiance s’exprime au-delà des seules instances du GED. Le référent noue des contacts avec d’autres acteurs locaux, par exemple au sein de l’éducation nationale, de la protection judiciaire de la jeunesse, de Pôle emploi et d’autres organismes sociaux.

Julien : En effet, dans les cas de radicalisation, le volet sécuritaire doit être complété par d’autres mesures, notamment en matière psycho-socio-éducatif. Cette connaissance du réseau facilite les échanges complémentaires lors de nos réunions au sein des GED, c’est une véritable aide à la décision pour le Préfet. Nous pouvons agir plus vite et sur plusieurs fronts.  

Vous soulignez la diversité des fronts, quels sont justement vos nouveaux enjeux ? 

Guillaume : Mon expérience au sein de l’éducation nationale me rappelle combien il est compliqué de détecter des signaux faibles et que de nombreux acteurs au service de l’Etat se sentent encore démunis face à cette menace insidieuse, aux frontières ténues. Aujourd’hui, il nous faut parcourir le même chemin sur le repli communautaire que sur la lutte contre la radicalisation, il y a cinq ans. Les Cellules départementales de lutte contre l’islamisme et le repli communautaire (CLIR) ouvrent une nouvelle voie pour appréhender ce sujet par tous les angles. Elles permettent d’associer des élus et des représentants de directions départementales de nombreux domaines afin de définir les meilleures stratégies, pour garantir le respect des principes de la République. Là aussi, nous savons pouvoir être accompagnés par la DGSI sur tous ces sujets, notamment au travers de son Unité de concours à la lutte anti-terroriste (UCLAT), que ce soit au sein des CLIR, ou lors des actions de sensibilisation que nous organisons. C’est ce travail en commun qui nous fait avancer. 

 

* Leurs prénoms ont été modifiés pour garantir leur anonymat.
** Ce fichier identifie notamment le service qui assure le suivi des personnes signalées. Il s’agit le plus souvent de la DGSI concernant le « haut du spectre », c’est-à-dire les personnes présentant les signes les plus élevés de dangerosité.