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3 questions au Directeur général de la sécurité extérieure

10/06/2021
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Bernard Emié DGSE interviewé par la DGSI

Bernard Emié, Directeur Général de la Sécurité Extérieure

La direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) du ministère des Armées a pour objectif la protection des intérêts et des citoyens français à travers le monde. Elle est un partenaire quotidien de la DGSI, le dialogue et les échanges entre les deux services étant aujourd'hui particulièrement denses et confiants. Membre du premier cercle de la communauté du renseignement français, elle recueille à l’étranger des informations secrètes sur les menaces et risques susceptibles d’affecter la vie de la Nation. Pour cela, la DGSE est en capacité d’utiliser toutes les techniques de renseignement. Elle est aussi le seul service français à pouvoir mener des actions clandestines.

Après les attentats en France de 2015, la communauté du renseignement a fait évoluer ses méthodes et renforcé la coordination entre ses membres. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru ? 

Avant 2015, la communauté nationale du renseignement partageait déjà de très nombreux renseignements. A la suite des attentats ignobles qui ont endeuillé la France en 2015, la coopération s’est significativement accélérée et, en juin 2017, le président de la République, Emmanuel Macron, a initié un véritable changement de paradigme avec une nouvelle feuille de route pour la DGSE et la DGSI, et l’établissement d’un coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme aux compétences élargies. Nous avons pu et su imposer au sein de chacun de nos services des changements de méthode et de culture qui ne sont pas allés de soi immédiatement. Désormais, nous pouvons parler non seulement de coordination mais aussi de fusion du renseignement. Cela est particulièrement vrai entre la DGSI et la DGSE : aujourd’hui, nous partageons tout. Longtemps, les commentateurs ont parlé de nous comme des « cousins éloignés ». Je crois pouvoir dire de nouveau que nous sommes devenus des « frères complices » !

Au quotidien, comment la DGSI et la DGSE travaillent-elles pour assurer le continuum sécurité intérieur-extérieur ? 

Entre la DGSI et la DGSE, les rôles sont clairs et bien définis. D’une part, la DGSI a été désignée comme chef de file de la lutte antiterroriste sur le territoire national et nous travaillons autour d’elle, en meute, pour prévenir toute menace. D’autre part, au sein du ministère des Armées, et sous l’autorité de la ministre Florence Parly, la DGSE est le chef de file de la lutte antiterroriste pour les menaces visant les intérêts français à l’étranger. Très concrètement, le continuum intérieur-extérieur se manifeste par des échanges quotidiens – et à tous niveaux hiérarchiques – entre les officiers de renseignement de la DGSE et leurs homologues de la DGSI.

En matière de contre-terrorisme par exemple, si nous obtenons des renseignements sur un djihadiste français de Daech en Syrie ayant pour projet de revenir sur le territoire national, nous évaluons en commun sa dangerosité. La DGSE va tout faire pour le localiser grâce à ses moyens de renseignement sur place, et si possible de l’empêcher de mener à bien ses funestes projets. Ces éléments sont immédiatement partagés avec la DGSI qui nous livrera les renseignements obtenus sur les personnes en contact avec cet individu.

Outre la lutte anti-terroriste, quel est selon vous les défis sécuritaires majeurs partagés par la DGSI et la DGSE ?

Les défis ne manquent pas dans le contexte d’instabilité qui caractérise notre environnement international. Notre pays est confronté à la multiplication des menaces cyber, à la prolifération des armements, à l’ingérence économique, à l’espionnage politique et industriel. Dans tous ces domaines, nos ennemis ont recours à des méthodes de plus en plus agressives. Ils se montrent particulièrement déterminés et désinhibés.

Sous l’impulsion de nos autorités, nous avons mutualisé nos efforts pour être en mesure de répondre à ces menaces de manière efficace, coordonnée et proportionnée. Le travail de la DGSI et de la DGSE concourt à protéger les intérêts de la France en faisant en sorte qu’il n’y ait pas de trous dans la raquette. C’est une question de souveraineté politique, économique, industrielle, scientifique, technologique. Nos deux services partagent leurs savoir-faire respectifs et cela se traduit notamment par la rédaction de notes communes, qui nous permettent de porter un message fort à nos autorités. Nous planifions et menons ensemble beaucoup d’opérations en toute confiance, la main dans la main.  

Crédit photo : ministère des Armées