Aller au contenu principal

Enquêteur au sein d'un service territorial : interview

homme qui marche en noir et blanc pour le musée de la DGSI
Photo : AdobeStock
15/06/2021
Partager
Les missions d'enquêteur revêtent des réalités très diverses d'un service territorial à un autre. Rencontre avec Laurent* pour découvrir ses activités au sein d'un département.

Vous occupez vos fonctions dans un service territorial de la DGSI, pouvez-vous expliquer en quoi consistent-elles ?

J’exerce dans ce qu’on appelle un « petit » département au regard de l’activité et de la structure de ses effectifs. Comme certaines missions sont regroupées aux échelons interdépartementaux et régionaux pour plus de cohérence, notre organisation locale s’adapte aux besoins. C’est pourquoi nous sommes parfois amenés à une polyvalence qu’on ne retrouve pas dans d’autres départements. C’est notre grande particularité et, pour ma part,  je considère que c’est une vraie chance de pratiquer plusieurs métiers en même temps !

Que pouvez-vous nous dire de ces métiers ?

En tant que policier expérimenté, je peux agir sur différents fronts. Tout d’abord, je mène des enquêtes de renseignement. Il s’agit de recueillir, vérifier et analyser des informations. Je dois définir l’environnement précis d’un individu, par exemple suspecté de jihadisme. Je recherche des informations auprès d’autres partenaires, je les recoupe avec celles dont nous disposons déjà et les complète avec des données accessibles à tous, ce que nous appelons des sources ouvertes. Si nous avons des besoins plus spécifiques, comme des surveillances, nous faisons alors appel au renfort de groupes spécialisés.
De plus, je suis ce qu’on appelle, un « officier traitant». C’est-à-dire que je suis en contact avec des sources humaines qui me transmettent des renseignements de façon discrète. Si je travaillais dans un plus gros service, ces différentes missions ne seraient pas forcément assurées par la même personne. C’est cette diversité qui me plaît tout particulièrement !

Comment parvenez-vous à conserver le secret de vos activités, l’anonymat est peut-être moins facile dans des villes de taille moyenne ?

C’est vrai ! La confidentialité de notre travail est d’autant plus importante qu’on peut croiser une source en faisant des courses avec un proche ! Avec le temps, certaines personnes savent que je suis policier, mais sans connaître mon véritable travail. Au besoin, j’utilise ma « légende », en indiquant d’autres fonctions en cas de questions. Pour la sécurité des collègues, de la famille, nous devons être particulièrement discrets !

Travaillez-vous depuis le début de votre carrière dans le domaine du renseignement ?

Non, pas tout à fait ! J’ai débuté au début dans les années 90 en brigade au sein d’un commissariat de police en région parisienne. J’ai pu me confronter à de nombreuses situations et apprendre à dialoguer avec des personnes implantées dans des quartiers sensibles prêtes à aider la police. Après l’attentat de la gare RER de Port Royal en décembre 1996, j’ai souhaité m’impliquer d’avantage sur les questions terroristes et jihadistes. L’opportunité de rejoindre les Renseignements généraux s’est présentée dans ce département, je l’ai saisie ! Les différentes évolutions liées à la création de la DCRI  en 2008, puis de la DGSI en 2014 ont fait évoluer mon champ d’activité et aujourd’hui encore il continue à s’enrichir !

Quels conseils donneriez-vous à un futur enquêteur qui envisage de rejoindre un service comme le vôtre ?

On ne vient pas par hasard au renseignement ! Encore moins dans une « petite » région. C’est un poste que l’on choisit, il faut être motivé. D’autant que le secret à maintenir autour de notre travail nous coupe de certains contacts publics trop exposants, pour ne pas prendre de risque. Cette posture ne convient pas à tout le monde.

Le policier qui prend ce type de fonction sera formé par les collègues, accompagné, encadré, ce qui permet une forte cohésion entre nous, mais il devra aussi s’appuyer sur son esprit de curiosité, être un peu « fouineur » ! Et comme on travaille avec des sources humaines et en équipe, la qualité relationnelle est primordiale, il faut à la fois de l’humilité, le sens du collectif et de l’empathie. Un super cocktail !

* L'identité des agents de la DGSI étant protégée, son prénom est modifié