Radicalisation : l’équipe du numéro vert témoigne

personne téléphonant
GAJUS AdobeStock

« Les familles et les proches qui nous appellent sont dans la détresse, souvent angoissés. Ils n’ont personne à qui parler, ils n’osent pas. Parfois par peur, parfois par honte, par crainte d’être jugés. »

L'équipe du numéro vert

Lorsqu'une personne est confrontée dans son entourage personnel ou professionnel au changement de comportement d’un proche, elle peut s’interroger.

Est-elle véritablement radicalisée ? Faut-il prévenir les autorités ? À qui parler et comment procéder ?

C’est pourquoi, le Centre national d’assistance et de prévention de la radicalisation (CNAPR) répond aux nombreuses questions au :

Numéro vert

Son équipe est présente pour :

  • recueillir les signalements ;
  • écouter et apporter un soutien psychologique (psychologue dédié à la plate-forme) ;
  • maintenir le lien et conseiller sur les changements de comportements à surveiller plus particulièrement ;
  • relayer avec les services territoriaux compétents et à même d’apporter une aide.

Trois membres de l’équipe livrent le quotidien d’une relation de confiance qu’il leur faut tisser seconde après seconde, avec ces proches angoissés de voir une situation leur échapper, hésitants sur l’action à mener ou pas, la crainte de mal faire ou d’être jugés.

Pierre, expliquer et rassurer

« Les parents peuvent se sentir fautifs de ne rien avoir vu venir, de ne pas avoir pu empêcher une radicalisation. Je les rassure. Nous ne sommes pas là pour les juger. Je les écoute. Après un échange qui dure souvent près d’une heure, ils prennent conscience qu’en nous contactant, ils protègent leur enfant car leur sécurité passe par cette vigilance, ils sont bien dans leur rôle de parents.

Souvent, c’est notre psychologue qui les aide à trouver les mots et à renouer le dialogue avec leur enfant. Pour ma part, je leur explique les différentes possibilités qui s’offrent à eux. L’important est qu’ils soient acteurs, qu’ils ne subissent pas, car il peut s’agir de sauver leur enfant, leur sœur, leur frère, leur ami. Ceux qui nous appellent peuvent alors décider en connaissance de cause de ce qu’ils veulent faire »

Anne, éclairer pour accompagner

« Fréquemment, cet appel est juste un premier échange avec la famille, avec un proche, pour parler, pour être écouté, pour être conseillé. Puis, arrive le moment où se pose la question de procéder à un signalement, et donc de donner le nom de la personne radicalisée et sa propre identité pour poursuivre le suivi.

Je leur explique que l’anonymat peut être respecté, que ça dépend de l’aide à apporter. Le plus souvent, l’hésitation est de courte durée, car c’est la volonté de protéger celui qu’on aime et le besoin d’être accompagné dans cette épreuve qui prennent le dessus. Mais il faut en parler, clairement, car dans ces situations, est important que chacun puisse décider en conscience »

Yann, agir au plus vite

« Il m’arrive parfois de prendre des appels d’urgence. Les parents et la famille avaient bien remarqué des changements importants dans le comportement de leur proche, mais ils se disaient qu’au moins, maintenant il ne faisait plus de bêtises dans la rue ou que ce n’était pas si grave... Jusqu’au jour où ils ont découvert un projet de mariage avec une inconnue, plus de dialogue possible, des projets de déménagement…

L’angoisse commence alors à monter, ils nous appellent en espérant que ce n’est pas trop tard et que nous pouvons encore agir. Alors, nous devons faire vite pour comprendre au mieux la situation, les personnes impliquées, les risques et l’urgence réelle et déterminer ce qu’il est possible de faire. Bien sûr, plus nous sommes contactés tôt, mieux c’est, pour déployer les différents moyens d’accompagnement…»