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Interview croisée de Catherine Ferrier, Préfète du Tarn, et de la DGSI

16/06/2021
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catherine Ferrier et agent DGSI

Un duo engagé et animé par les mêmes valeurs

Représentante de l’Etat dans le département, Catherine Ferrier, Préfète du Tarn, œuvre au quotidien pour garantir l’ordre public et la sécurité. Elle préside notamment les instances de coordination des actions en matière de sécurité intérieure.
Xavier B* est un agent de la DGSI implanté localement. Il décline notamment, au sein du département, le rôle de chef de file en matière de lutte antiterroriste dans une logique partenariale avec les autres services de la communauté élargie du renseignement.
Tous deux ont accepté de croiser leur regard sur les objectifs qui les réunissent.

Comment concevez-vous les relations entre Préfet, DGSI et services de police dans le domaine de la lutte antiterroriste ? Ont-elles évolué au cours de ces dernières années ?  

Catherine Ferrier : Les nouveaux enjeux en matière de lutte contre le terrorisme et la radicalisation, après les attentats de 2015, ont balayé nos modes de fonctionnement antérieurs. Nous avons dû opérer une véritable révolution culturelle à marche forcée, pour permettre de déployer de nouveaux dispositifs de coordination et de partage d’informations. Aujourd’hui, la glace est brisée, nos relations sont banalisées grâce à une totale confiance entre les services que j’ai cherché à insuffler au fil de l’eau. 

Xavier B : Récemment, nous avons été confrontés à une situation de radicalisation inédite pour notre département. Il nous a fallu échanger des données entre services, apporter des éclairages sécuritaires et sociaux, proposer à Madame la Préfète des solutions rapides, œuvrer de concert avec nos partenaires pour leur application.  Je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux premiers pas de ces instances de coordination, il y a quelques années. Il n’est pas certain que nous aurions pu nous mettre autour de la table avec autant de facilité et de confiance mutuelle pour trouver des solutions. Aujourd’hui le process est « bien huilé », c’est pour nous une source de grande satisfaction. 

Catherine Ferrier : Le travail d’équipe s’est installé avec une prudence naturelle. De mon point de vue, nous sommes avant tout entre collègues, animés par les mêmes valeurs et l’obsession de la protection de la population, chacun pouvant y contribuer dans ses fonctions. Aujourd’hui, le rôle du Préfet est moins nécessaire pour faciliter les échanges entre tous, c’est devenu un réflexe. En matière de renseignement, les attributions sont claires. Même si les représentants des services doivent faire preuve de loyauté au Préfet, je n’ai pas besoin de connaître les techniques de renseignement utilisées, les sources activées. Je les laisse œuvrer, c’est leur rôle et leur responsabilité. Je n’ai pas à être intrusive. Ce qui m’importe, c’est d’exploiter au mieux le résultat, le renseignement obtenu dès lors qu’il peut être utile pour contrer une menace, entraver des actions violentes.   

Quelles autres circonstances ou instances requièrent ce travail collectif ? 

Xavier B : Cet état d’esprit nous anime dans le cadre des GED mais aussi dans nos contacts quotidiens avec les autres services de renseignement et de sécurité. Je pense, par exemple, au suivi des personnes incarcérées qui sont radicalisées ou condamnées pour des faits de terrorisme. Notre travail avec les services de renseignement pénitentiaire et du renseignement territorial, la gendarmerie nationale et les services du Procureur de la République notamment, est la clé de l’anticipation de leur sortie de prison. Leur suivi judiciaire fait l’objet d’une attention très particulière. Nous menons collectivement un travail actif pour favoriser une sortie sécurisée. Pour cela, il nous faut prévoir suffisamment en amont les mesures de suivi ou d’entrave, pour les empêcher de commettre des actions réprimées par la loi.

Catherine Ferrier : La relation que nous avons pu collectivement instaurer dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, m’a incitée à l’appliquer à d’autres enjeux. À ce titre, la lutte contre le séparatisme islamiste est un champ d’action qui nous invite à une collaboration dans un climat plus ouvert. Il ne s’agit pas là de s’occuper d’un individu en particulier, nous nous attaquons à un phénomène sociétal. Le but des CLIR  est de faire de notre combat, celui de tous. Pour cela, nous devons remobiliser et « réarmer » les agents publics, et plus largement, tous ceux qui ont un lien avec l’intérêt général, avec un contre-discours républicain. C’est pourquoi, je suis attentive à offrir un espace où peuvent s’exprimer une multiplicité d’expertises, pour que les échanges d’idées débouchent sur des solutions innovantes. 

Outre la lutte contre le terrorisme, vos services sont-ils associés dans d’autres missions ?

Catherine Ferrier : En effet, le sujet du terrorisme n’est pas le seul à nous mobiliser, avec la DGSI. L’enjeu de la souveraineté nationale est primordial, nous devons nous réapproprier cette notion et sensibiliser les acteurs économiques, au sens large du terme, qui sont souvent très loin d’imaginer les tentatives d’ingérence auxquelles la France est confrontée. C’est pourquoi, dernièrement, j’ai mis en place un comité départemental de sécurité économique dans lequel la DGSI joue un rôle clé, notamment en termes de sensibilisation.

Xavier B : Il s’agit de la déclinaison du comité régional de sécurité économique qui réunit des acteurs du travail, des douanes, du judiciaire, du renseignement territorial, de la gendarmerie, et d’autres encore. Nous en sommes aux balbutiements, mais les relations de très haute qualité que nous entretenons nous permettent d’être confiants quant à l’efficacité du dispositif. 

Catherine Ferrier : Cet exemple, comme les précédents, démontre combien nous partageons la même volonté d’agir de façon constructive, sur le court terme comme sur le moyen terme, en impulsant une nouvelle dynamique de travail et une nouvelle culture au sein des territoires. 

 

* L'identité des agents de la DGSI étant protégée, son prénom a été modifié